La cité portugaise, diamant d’El Jadida aux potentialités non exploitées

Pour commencer il me semblait important de me présenter pour que vous compreniez ce qui m’a fait venir ici et, porter un intérêt particulier à cette cité. Je m’appelle Zeguerfi Sara. Je suis une étudiante en Anthropologie et je vous écris ces quelques mots depuis le fameux café culturel, le Lokal qui se trouve au sein de la cité portugaise. Issue d’une famille marocaine/algérienne, j’ai eu la chance de baigner dans plusieurs cultures dès mon plus jeune âge. D’autant plus que, je suis née en France et y vis depuis toujours. Et, d’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé passer la plupart de mes étés, ici, au Maroc. C’est ainsi que j’ai découvert El Jadida et sa cité portugaise qui peut être définie comme le « trésor » de cette ville. En effet, cette cité a su susciter mon intérêt. J’ai été séduite par les remparts, la galerie d’art en plein air et la splendide citerne que j’ai visité les pieds dans l’eau. C’est pourquoi, lorsque j’ai su que j’allais devoir réaliser un stage professionnel en France ou à l’étranger, et ce, sur le sujet de mon choix, j’ai décidé de m’intéresser à la cité portugaise comme lieu touristique permettant la reconnaissance du Maroc dans le monde entier. C’est ainsi que j’ai pris contact avec l’office de tourisme d’El Jadida, grâce à qui j’ai pu concrétiser ce souhait.

Pour rendre mon étude crédible et authentique, il m’a semblé important de porter un intérêt aux personnes qui évoluent quotidiennement dans la cité pour parler de ce qui s’y passe. C’est pourquoi mon étude a consisté en la rencontre de gens (commerçants, habitants, enfants…) auxquels j’ai posé un ensemble de questions faisant appel à leur expérience dans la cité, à leur intérêt pour le tourisme et à leur manière de le concevoir. À ce propos, je tiens à remercier ma cousine (habitante d’El Jadida) qui m’a fait l’honneur de son aide et de sa présence pour aller à la rencontre des gens plus facilement.

Il est important de rappeler que la cité portugaise fait partie du patrimoine mondial de L’UNESCO depuis plus de 10 ans (2004). Ce qui veut dire que les valeurs matérielles et immatérielles de ce site sont mondialement reconnues. Évidemment, c’est un véritable atout qu’il paraît judicieux de travailler afin d’accroitre le tourisme qui permet de générer des échanges culturels significatifs et importants.

En effet, la culture permet de créer des liens entre les gens de divers horizons. À ce propos, le fils d’un des commerçants a décrit le tourisme comme le fait d’accueillir des gens. Il y a certes, ceux qui achètent et ceux qui n’achètent pas mais chacun vient avec sa mentalité, ce qui est un moyen d’apprendre des choses. De fait, toutes les personnes que j’ai rencontrées disent avoir un intérêt personnel pour le tourisme ou ce qui y touche. L’un d’entre eux m’a répondu la chose suivante : « Bien-sûr que ça m’intéresse c’est notre vie presque». On voit là que les commerçants sont conscients des enjeux du tourisme. Ils aimeraient avoir l’occasion de présenter l’artisanat qu’ils exposent dans leurs magasins, lors d’événements importants tels que le typique Salon du cheval qui a lieu tous les ans à El Jadida ou d’autres. En effet, cela permettrait de mettre en avant les spécialités de chaque ville du Maroc vendues au sein de la cité portugaise. On peut citer, par exemple, le cuir de Marrakech, la poterie de Safi et bien d’autres. Au-delà de cela, avoir la chance d’être présents lors de ces événements permettrait de déconstruire certains stéréotypes associés à la cité. À ce propos, des effort de la part des membres de l’association de la cité portugaise sont déployés afin de lutter contre certaines idées reçues qui persistent à l’aide des nouveaux moyens de communication tels que les réseaux sociaux. En effet, la cité est perçue comme un lieu dangereux et mal fréquenté or d’après « des données de la police », ce quartier serait « le plus sécurisé de la ville ». Je peux moi-même assurer de la véracité de ces propos car, ayant séjourné dans une des chambres du fabuleux Art Riad, je n’ai pas eu de problèmes quant à la garantie de ma sécurité. Toutefois, malgré ces idées reçues, on peut constater une jeunesse qui est de plus en plus sensibilisée au patrimoine de son pays, de sa ville, de par les enseignements en Histoire mais aussi de par les visites guidées qui ont été organisées par les membres de l’association. Ces visites ont été l’occasion pour les membres de diffuser un message, celui de la richesse historique de cette cité afin qu’ils puissent le transmettre à leurs parents. On peut constater que la plupart n’ont malheureusement jamais mis les pieds à la cité. Cependant, il semble qu’on ne puisse pas dire pour autant que rien n’a changé ces dernières années malgré une architecture qui n’est pas restaurée. En effet, la richesse culturelle des lieux se matérialise par des galeries d’art dont une est en construction, autrement dit le centre d’interprétation du patrimoine. De plus, des pièces théâtrales sont présentées au sein de l’ancienne Église qui a conservé tout son charme. Cette cité dispose également d’une synagogue et d’une mosquée ce qui est significatif de la « tolérance de notre foi », selon le directeur de l’association de la cité portugaise. De fait, toutes ces choses contribueraient à attirer des touristes qui, dans certains cas, s’installent ici. Il arrive que ces derniers cherchent à être membres de l’association de la cité portugaise. Dans ce cas, comment expliquer que la plupart des commerçants et habitants ne soient pas engagés autour d’une cause commune qui vise à « la sensibilisation de la population locale à la préservation et à la sauvegarde des sites et des monuments historiques de la cité » ?

Il semble important de rappeler que la cité portugaise est un quartier populaire dans lequel évolue une population qui connait des difficultés. Cependant, certains jeunes originaires de la cité, ou non portent un intérêt particulier à la cité. On peut prendre l’exemple d’un étudiant qui a eu la chance de trouver un logement à la cité même et qui y travaille ou encore du secrétaire général de l’association, qui a grandit à la cité portugaise et qui fait partie de ceux qui ont suivi « l’inspiration » du lieu dans lequel ils ont grandi. Leur attachement les a mené à monter des projets afin de faire connaître la cité qui mérite d’être plus connue et investie. Cette personne a fait fleurir des maisons d’hôtes au sein de la cité qui connaissent un véritable engouement des touristes qui sont charmés par le design à la fois traditionnel et moderne des lieux. C’est au cours de leur séjour qu’ils se laissent tentés par le café culturel le Lokal pour aller se détendre dans un endroit paisible avec une vue imprenable sur les hauteurs de la cité ainsi que ses remparts. Ce café, d’abord annexe de l’association est devenue une sorte de plaque tournante de la cité portugaise. D’après le responsable du Lokal, la jeunesse jadidienne a investit les lieux et est désireuse de monter des projets au sein de la cité portugaise. Bien évidemment, c’est une chance de faire ressortir les potentialités de la cité portugaise. En effet, El Jadida apparaît comme une « ville de passage » concurrencée par les villes où le tourisme est fortement développé comme Marrakech ou Essaouira. Et ce notamment, grâce aux subventions qu’elles ont pu recevoir qui leur permettent de réaliser des projets dans le cadre de l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain). Mais pourquoi El Jadida ne fait pas partie d’une de ces villes où le tourisme est développé et en développement ? Il faut savoir qu’à la cité portugaise d’El Jadida, il n’y a qu’un seul guide qui est fréquemment présent à la citerne. Il connait l’histoire de la cité sur le bout des doigts. Dès lors, pour quelles raisons une cité si riche en termes de monuments historiques se trouve si pauvre en termes de guides ?

En réalité, ces propos peuvent être contrastés. En effet, il paraît évident que la demande des touristes à ce niveau là s’est déjà fait entendre. C’est pourquoi, la cité portugaise a vu apparaître de « faux guides », non diplômés mais qui, au vu de leur expérience dans la cité se sentent à même de la présenter sous toutes ses coutures. Ces « faux guides » sont pour la plupart des commerçants, des chauffeurs, des habitants… En bref, des personnes qui, pour la plupart, cumulent plusieurs emplois. On peut se poser la question suivante : Ces pratiques ne causent-elles pas du tord aux professionnels qualifiés qui souhaiteraient accéder à certains postes ?

Cette question en amène une autre. La concurrence est-elle créatrice ou destructrice d’emplois ?

Je vais me baser sur les propos tenus par un restaurateur de la cité portugaise qui affirme qu’il devrait y avoir plus de restaurants dans un lieu comme la cité pour rendre cet endroit toujours plus chaleureux et accueillant. En ce sens, il y aurait une causalité entre la concurrence entre les commerçants et le succès du tout dans lequel ils évoluent. On peut se demander si les commerçants ont saisi cela et s’ils favorisent la solidarité plutôt que la concurrence. C’est en discutant avec la responsable d’un des magasins que j’apprends qu’il lui est déjà arrivé de tenir le commerce d’un « concurrent » lorsqu’il était malade. On peut constater de par cet exemple et bien d’autres que la cité portugaise est investie d’un esprit de famille. Entrer dans les remparts c’est comme entrer « dans sa maison » pour certains. C’est à la fois voir toujours les mêmes personnes (commerçants, habitants…) et en voir de nouvelles (touristes…)… Pour que ce sentiment demeure et se multiplie il paraît important de conserver cet esprit solidaire afin de marcher ensemble vers un intérêt général. Ce dernier viserait à donner encore et toujours une meilleure image de la cité en ne cessant pas de se mobiliser au nom de ceux qui y évoluent mais aussi au nom des autres, dans un but de développement du pays, par exemple.

C’est avec toute ma bienveillance que je souhaite finaliser cet article, en espérant qu’il créera un déclic dans certains esprits qui réaliseront le potentiel du lieu dans lequel ils évoluent quotidiennement. J’ai aimé vous écoutez. J’espère que vous saurez écouter à votre tour ce que vous dit l’histoire de cette merveilleuse cité car comme le dit la citation qui se trouve sur la façade de l’association de la cité portugaise : « Nul ne peut sauvegarder mieux un lieu que ses habitants » et que ses commerçants…
Sara

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